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SECOURS en MER :
Près des côtes par la SNSM.
Au grand large dans la solidarité des marins-pêcheurs.

La Société Nationale de Sauvetage en Mer témoigne de la solidarité des gens de mer face aux drames et accidents maritimes à proximité de nos côtes. Ces bénévoles issus du monde maritime, et maintenant en provenance d’autres milieux, s’investissent localement pour sauver des vies humaines avec l’aide d’un canot qui leur permet de porter secours en mer.
Aux Sables, quelques jours avant le départ du huitième Vendée-Globe un nouveau canot de sauvetage le « Jacques Joly » allait remplacer le « Jacques Morisseau » vieillissant. C’est ainsi que le samedi 22 octobre 2016, dès 9 h 30, avant même l’ouverture du Village du Vendée Globe, une foule nombreuse s’étalait derrière la longue rambarde de la capitainerie de Port Olona. Une bénédiction, préparée par l’équipe de la Mission de la Mer, allait avoir lieu. A bord du nouveau canot, l’équipage, les élus, le président national de la SNSM et l’équipe de la Mission de la Mer.
Annick Rabiller, membre de cette équipe explique: « Nous associons aussi à cette prière, les marins à la pêche, au commerce, les plaisanciers, les migrants qui connaissent les dangers de la mer et les familles affectées par les drames de l’océan, mais aussi les associations de femmes de marins qui ont contribué à la mise en place de formation pour la sécurité en mer. Sauver des vies, c’est une œuvre d’humanité de tous, de vous en particulier les 23 navigants de cette unité, une belle et grande mission que vous assumez bénévolement et au risque de votre vie. Comme Jacques Morisseau disparu en mer en 1967, Jacques Joly fut victime en 2002 d’une chute à la mer lors d’une manœuvre du canot dans une déferlante. Donner son nom à ce canot, c’est lui rendre hommage pour tous les services rendus… »

Comme à d’autres moments de l’année, il y eut le geste de la couronne de fleurs jetées en mer, au large, en mémoire des disparus en mer. Toute une flottille emmenée par le « Jacques Joly » a largué les amarres, passant dans le chenal au pied de ce monument où sont inscrits les noms de nombreux disparus en mer. Les canots de Bourgenay, Saint Gilles-Croix de Vie, Noirmoutier faisaient escorte. Au large de la grande plage, entre les bouées du Nouch et le phare des Barges, des couronnes de fleurs ont rejoint les flots tandis que depuis le bord l’on pouvait murmurer une prière. Retour au port pour les discours d’usage, suivis du verre de l’amitié dans une ambiance festive, agrémentée par les chants marins qu’un orchestre distillait sous un chaud soleil d’automne. Au ponton du Vendée-Globe les grands pavois des bateaux de 29 concurrents frissonnaient sous un vent d’est. Tous ici caressent l’espoir qu’aucun d’eux n’ait jamais besoin de l’équipe du Jacques Joly ou d’autres équipes de secours sur d’autres mers du monde.

La SNSM intervient à proximité des côtés mais qu’en est-il des naufrages au large ou même quelquefois à proximité des côtes sans que la SNSM puisse intervenir ?

Interrogés, trois MARINS PECHEURS naufragés qui s’en sont tirés, racontent.

1.Pierre Brunet, fils et petit-fils de marin-pêcheur, est né à la Chaume, aux Sables d’Olonne, le 12 septembre 1943. Il est entré dans le métier à 14 ans pour 37 ans de navigation active.

« C’était sur Le Picador. Nous pratiquions la pêche au chalut de fond, en classique à l’année, hiver comme été. Très bonne ambiance : j’avais retrouvé mes anciens compagnons de travail, Marcel dit « Mézou » (nom breton d’un jeune mousse) était mécanicien à bord. J’embarquai sur ce bateau pour 2 années. Nous étions seulement 4. Les premiers jours de pêche ont été fructueux malgré beaucoup d’avaries, car la marée était mouvementée. Il fallait réparer en mer les chaluts qui s’étaient déchirés. La veille du retour au port, José, le patron, prend la décision de terminer notre campagne dans le sud de Rochebonne, à 4 heures des Sables en marchant à 9 nœuds. On draguait à une profondeur de 100 mètres dans un endroit considéré comme tranquille pour terminer cette pêche. C’était le 9 mars 1982. Vers midi, au moment du repas, on accroche le chalut au fond, toujours en pêche sur le côté. La mer était démontée par une houle de 10 mètres, mais avec un vent nul sur une mer d’huile, sans la moindre risée. On cherchait à remonter le chalut, mais c’était quasiment impossible : on virait quelques mètres d’un côté, on remontait un peu le chalut, on virait quelques mètres de l’autre.

Après de nombreuses manœuvres, on finit par remonter le chalut. Alors on découvre un engin cylindrique d’environ 10 mètres, peut-être une cheminée de cargo qui avait sombré. Avec l’effet de la houle l’engin cognait à l’arrière du bateau sous la ligne de flottaison : il refaisait surface, passait au-dessus du pont et il fallait vite s’écarter, car il arrivait à plus de la moitié de la longueur du bateau. C’était impressionnant. José voulait trainer cet engin, jusque dans les roches. Mais à travers le hublot du rouf du moteur, on apercevait des giclées d’eau qui remontaient par la courroie du treuil. Le signal d’alarme qui venait pourtant d’être réparé, n’a pas fonctionné. Marcel, le mécanicien, nous a demandé d’actionner les pompes, mais le débit était trop faible pour contrer la voie d’eau. Le moteur s’est arrêté.
L’épave avait perforé l’arrière du bateau, entre deux membrures. José a eu le temps d’appeler par radio. Le Berceau de la Cité qui était peut-être à une demi-heure de route a répondu. Guy et moi avons sorti, non sans peine, le Bombard qui était dans le gaillard d’avant. Il s’est ouvert instantanément, on a sauté dedans, le temps d’embarquer et de s’écarter. Si le Bombard ne s’était pas ouvert, s’il avait fallu se cramponner à une bouée couronne, par une eau de 9°, on n’aurait pas tenu longtemps. Pendant ce temps, Le Picador commençait à sombrer. Des tonnes d’eau faisaient un effet de bélier sur les cloisons. On entendait les craquements. L’eau pénétrait par l’arrière qui s’enfonçait. Mais comme de l’air s’était accumulé sous le gaillard d’avant, le bateau a fait le bouchon, l’étrave hors de l’eau, durant une demi-heure environ. Que d’émotion à voir disparaitre son outil de travail ! Avec aussi, un plein vivier de crustacés, un vivier qui faisait toute la largueur du Picador.

Le  » Berceau de la Cité » est arrivé sur nous. Trop tard pour voir le bateau sombrer, mais assez tôt pour traverser tout ce qui flottait encore de morceaux de bois, boules et objets en tous genres. Et nous prendre à son bord. Nous étions sains et saufs. Par la suite, des chalutiers ont remonté des morceaux qu’on a nous a présentés. Nous avons reconnu un jouet d’enfant, un petit âne, qui était dans le « nid de pie ». C’est tout ce qu’il restait du Picador. Après ce naufrage, l’équipage a embarqué sur « L’Aigle de l’Océan » qui se trouvait désarmé jusqu’à ce jour. Il était équipé d’un matériel beaucoup lourd avec un moteur de 360 chevaux et une lisse beaucoup plus haute. »

2. Joseph Fonteneau est né aux Epesses dans le Bocage Vendéen en 1931. Envoyé comme prêtre au travail, au titre de la Mission de la Mer en 1966, il partage complètement la condition des marins pêcheurs de son époque.
« Début juin 68. On descend vers les Açores. En début de saison il faut faire route vers le sud pour aller à la rencontre du poisson qui remonte vers le nord. Après 15 jours de mer sans événements marquants, nous appareillons sur l’Espagne pour faire les vivres et le mazout. Un matin, vers 3 heures, le patron fait le point à la radio, mais il s’estime encore trop loin des émetteurs et n’arrive pas à capter les émissions. Au moment où il redescend dans la chambre d’équipage, le bateau talonne. Je sors précipitamment de ma couchette. Le mécanicien ouvre la porte qui donne accès au moteur. L’eau rentre par une large brèche. Le patron se précipite à la radio pour envoyer le signal d’appel au secours : « mayday ». Par radio il avertit d’autres bateaux des Sables qui eux aussi font route vers la Corogne.
Tout va très vite, je redescends deux fois pour prendre un pantalon, mon portefeuille et les papiers du bateau puisque le patron est à la radio. A ce moment j’ai de l’eau jusqu’aux cuisses. Les matelots ont mis le Bombard à l’eau et je suis le dernier à sauter avec le patron. Nous nous éloignons un peu, car le bateau plonge par l’arrière. Nous le voyons s’enfoncer rapidement. Les feux de position sont encore visibles quelques instants sous l’eau. Impressionnant ! Le tout en un moins d’un quart d’heure ! … Nous voilà tous les cinq dans la nuit, pressés dans le Bombard, mais bien contents d’être tous là. On est un peu coincés les uns contre les autres, chacun a emporté ce qu’il pouvait, mais c’est encore trop. Je jette mon panier par-dessus bord et plusieurs en font autant… Le jour commence à se lever. Nous pouvons voir que nous sommes tout près de la côte. Mais il n’est pas question d’aborder car les falaises sont très hautes.
Un cargo passe plus au large, nous envoyons des fusées, mais il continue sa route…S’il nous a vus, peut être a-t-il hésité à venir vers la côte, de peur de s’échouer. Deux heures plus tard environ, un bateau de pêche espagnol sort d’un petit port proche de la Corogne. Cette fois il voit nos fusées de détresse et il vient à notre secours. Le dialogue est difficile, nous comprenons qu’ils sont préoccupés de savoir si tout le monde est à bord du canot de survie. Ils nous embarquent et nous leur faisons comprendre que nous aimerions rejoindre le port de la Corogne… Cela fait du bien de sentir un vrai bateau sous les pieds et de pouvoir rallier un port.
Par chance, nous apercevons un bateau français : « le Pelagia » de l’ISTPM (institut scientifique et technique des pêches maritimes. En arrivant le long de son bord, je vois un mécanicien des Sables que je connais bien, il m’aperçoit, se détourne et regarde à nouveau en disant : « Joseph, qu’est ce que tu fais sur ce bateau espagnol ? » Nous remercions nos sauveteurs et nous embarquons sur le Pelagia. Nous sommes reçus avec beaucoup de gentillesse et tout l’équipage va nous faire place à bord. Dans la journée au port, beaucoup de démarches pour éclaircir notre situation. Aussi en fin d’après midi, tout le monde est un peu crevé avec un moral à zéro. Nous décidons d’aller faire un tour en ville pour nous changer les idées. Le porto est un excellent remède pour soigner les états d’âme. Quand nous sommes revenus à bord, l’horizon était moins sombre ! Le lendemain, au réveil, il y avait déjà plusieurs heures que nous avions appareillé… Personne ne s’était aperçu du départ. Dieu sait pourtant que sortir d’un port ne se fait pas sans bruit.
Selon Ouest-France du 1 juillet 1968, le thonier sablais « Vers l’aventure » coule à l’entrée de la Corogne : l’équipage est sauf ! Ce bateau immatriculé LS 2798, construit en 1949 sur les chantiers de « L’Espoir Sablais » jaugeant 28 tonneaux, mesurant 16 mètres 40 hors tout, était commandé par le patron Alphonse Morisseau 33 ans, de la Chaume. A bord le jeune Gérard Légé, 18 ans, et les matelots Pierre Pénisson, 29 ans, André Sire 21 ans et Joseph Fonteneau 37 ans. Heureusement il y avait autour des chalutiers et thoniers français, notamment « le petit Jean Yves » patron Herbert, qui entendit par radio que l’équipage du « Vers l’aventure » abandonnait le navire et prenait place dans le canot de sauvetage Bombard. En même temps l’alarme était donnée par le « Nénuphar », patron Orsonneau. On pouvait savoir que l’équipage était à bord du Pélagia dont le patron est un sablais Théo Laurent. Ce bateau ramenait l’équipage à terre auprès des autorités administratives de la Corogne. »
C’est près de l’ami Dominguez que tous recevaient du réconfort. Le Pélagia faisait une étude sur la côte nord espagnole et devait réaliser tout un programme. Aussi avons-nous passé une petite semaine à bord. Nous avons eu le temps de digérer ce qui nous était arrivé. Nous avons débarqué aux Sables. En rentrant au port, j’ai eu la surprise de voir un matelot qui m’attendait, Pierre André Michon qui me déclare : « qu’est ce que j’t’avais dit ?»
Repartir en mer. Après deux mois de travail, nous nous retrouvions sans bateau, sans salaire, ayant perdu toutes nos affaires personnelles. En principe, nous étions redevables au bateau des frais engagés pour cette pêche au thon. Le patron nous a libérés des frais de pêche. Comme il se trouvait dans le bassin un bateau inutilisé : « le Marily », il nous a proposé de refaire l’armement et tout l’équipage était d’accord.
Pour moi cet événement a été un virage dans la navigation. Certains me disaient : « après ce qui t’est arrivé, tu continues à naviguer ? » … Comme tous les marins, il me fallait accepter les aléas du métier. La première marée où nous sommes sortis à nouveau, quand le bateau avait un mouvement un peu brusque je voyais des matelots se relever la nuit à l’entrée de leur couchette ! Nous avions besoin d’évacuer le stress accumulé à la suite de ce naufrage. »
3. René Bougras
« Tout bébé j’avais sans doute comme berceau une caisse à poissons, comme je l’ai vu pour mon petit frère. Pendant les trois mois de vacances, et dès 8 ans, j’allais avec mon père sur le « Fleur de l’Océan ». En 1938 il avait l’un des premiers mazoutiers à moteur. Pendant la guerre de 39-45 son bateau était réquisitionné par les autorités pour remorquer les voiliers jusqu’au delà du port, car on naviguait encore à la voile. Le tarif c’était 100 francs pour un remorquage. Je voyais des soldats allemands sur le bateau de mon père. Ce bateau était une pinasse de 14 mètres avec 5 ou 6 hommes à bord. A l’époque le poisson frayait jusque dans le port et, nous les gamins, on le pêchait au filet. A 18 ans j’obtiens le diplôme de patron de pêche. En 1959 je retourne à l’école des pêches pour une formation de motoriste sur des bateaux de 300 chevaux. J’ai été amené bien des fois à changer des culasses, en pleine mer, parce que l’eau de mer de refroidissement faisait éclater un moteur qui chauffait trop. Comme motoriste, de 5 ans en 5 ans je changeais de bateau pour rester libre par rapport aux patrons de pêche.
J’ai eu le mal de mer pendant 4 ans. C’est dur car il fallait travailler quand même. Un premier naufrage à 16 ans. Dans la brume à Ouessant, le patron nous dit : « les gars, buvez un coup. C’est la dernière fois. » Et ils m’ont enfermé dans la cale, car je pleurais. C’était sur le Rodolphe-Maryse. » On était contre le vent et contre le courant sans savoir où on était. Au dernier moment on a eu de l’aide par un canot qui nous a évité de finir sur les rochers. J’étais jeune et c’était comme si ça ne m’impressionnait pas de mourir.
Un deuxième naufrage du côté de Lacanau, en portant secours à un bateau qui s’était mis à la côte en voulant pêcher trop près. « L’indomptable » de Jacques Laurent des Sables d’Olonne qui avait lancé un appel de détresse par radio. Il fallait mettre une chaloupe à l’eau pour aller lui porter un câble afin de le tirer. J’étais volontaire. C’était en plein hiver, le 13 janvier 1953. Un coup de mer couche mon canot. Pour ne pas tomber dans le filet qui m’aurait emprisonné, je saute dans la mer. Je suis planté dans le sable mouvant et les douaniers viennent à mon secours. J’avais 18 ans. Tant que ce bateau n’était pas tiré d’affaire et qui a été sauvé par des moyens techniques renforcés, on a dormi trois nuits sous des canots renversés, sur la plage déserte. On se chauffait avec du bois de la forêt et les douaniers nous apportaient du café chaud. Une voiture nous a ramenés aux Sables.
Troisième naufrage, le 12 juillet 1961 dans l’ouragan où le Loulou et le Tanit ont péri. La mer était effrayante. On arrivait à la bouée du Nouch devant Les Sables. Je rentrais mes lignes, ce que je n’avais pas pu faire avant, car il y avait trop de mer. Les autres se protégeaient à l’intérieur de la passerelle et moi j’étais dehors. Sur un coup de mer, le bateau a chaviré. Dans l’instant j’ai revu le film de ma vie, ma femme, mes enfants et je me suis dit : « je suis perdu » Je me suis accroché à une barre de fer et le bateau nous a roulés jusqu’à la jetée de l’entrée du port… Cela ne m’a pas empêché de retourner en mer, car j’aimais ce métier. » (entretiens avec claudebabarit@orange.fr)
Pierre Brunet, Joseph Fonteneau, René Bougras de la « Mission de la Mer » aux Sables d’Olonne ; un vécu de marins pêcheurs les a confortés dans une amitié indéfectible.

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